Tout comprendre sur les nitrates et nitrites dans l’eau du robinet : risques, seuils et solutions

Pour bien évaluer la qualité de l’eau du robinet, la présence de nitrates et de nitrites constitue un indicateur essentiel de pollution, notamment d’origine agricole ou domestique. Voici les éléments clés à retenir sur ce sujet complexe, présenté de façon claire :
  • Les nitrates et les nitrites sont des composés azotés présents naturellement à faibles concentrations, mais qui proviennent aussi d’activités humaines (engrais, rejets domestiques).
  • Leur mesure dans l’eau permet de détecter des contaminations, en particulier dans les zones rurales et agricoles.
  • Les normes françaises et européennes fixent des seuils de sécurité stricts : 50 mg/L pour les nitrates, 0,1 mg/L pour les nitrites.
  • Des quantités trop élevées présentent des risques sanitaires spécifiques, surtout pour les nourrissons et les femmes enceintes.
  • Il existe des moyens de réduire la présence de ces polluants, allant du choix des sources d’eau à la filtration domestique.
  • Interpréter correctement les résultats d’analyse est indispensable pour agir et préserver sa santé au quotidien.

Origine des nitrates et nitrites dans l’eau du robinet : comprendre avant d’agir

Les nitrates (NO₃⁻) et les nitrites (NO₂⁻) sont deux composés azotés qui circulent dans le cycle de l’eau. À l’état naturel, ils existent en faibles concentrations dans les nappes et rivières. Mais la plupart du temps, des excès signalent une contamination liée à l’activité humaine.

  • L’origine agricole : L’épandage massif d’engrais azotés (nitrates) et de lisier sur les cultures cause la plus grosse part de la pollution des sols et de l’eau. Les nitrates non absorbés par les plantes migrent avec la pluie vers les nappes phréatiques et les rivières (Santé publique France).
  • Les rejets domestiques : Les fosses septiques mal entretenues et les eaux usées non traitées sont une autre source, surtout pour les nitrites (provenant de la dégradation de la matière organique).
  • Certains procédés industriels susceptibles de rejeter ces composés dans les eaux de surface ou souterraines.

Les nitrites sont souvent formés lors de la transformation (par des bactéries) des nitrates présents dans l’environnement. Ils sont donc non seulement des marqueurs de pollution, mais aussi de la dynamique microbienne dans l’eau.

Comment interpréter un test de nitrates et nitrites ?

Lorsqu’on effectue ou qu’on reçoit un test d’eau (via une analyse en laboratoire, une régie municipale ou un kit domestique), le rapport indique généralement :

  • La concentration en nitrates (exprimée en mg/L ou mgNO₃/L),
  • La concentration en nitrites (mg/L ou mgNO₂/L).

Pour comprendre ces résultats, il faut connaître les limites légales et sanitaires.

Seuils officiels en France et en Europe

Substance Valeur maximale (mg/L) Source
Nitrates 50 mg/L Directive européenne 98/83/CE
Nitrites 0,10 mg/L Arrêté du 11 janvier 2007, arrêté du 21 janvier 2010

Ces valeurs sont établies pour protéger toute la population, les personnes âgées comme les très jeunes enfants. Les normes sont encore plus strictes pour les eaux embouteillées destinées aux nourrissons : nitrates < 10 mg/L.

Risques sanitaires associés : qui est concerné ?

Pourquoi ces composés posent-ils problème, surtout à forte dose ?

  • Les nitrates sont relativement peu toxiques pour l’adulte aux concentrations classiques des réseaux publics. Cependant, une partie des nitrates ingérés peut être transformée en nitrites dans l’organisme.
  • Les nitrites sont bien plus toxiques. Ils peuvent provoquer une méthémoglobinémie, ou “syndrome du bébé bleu”, principalement chez les nourrissons de moins de 6 mois (ANSES).

La méthémoglobinémie rend le sang incapable de transporter correctement l’oxygène, ce qui peut entraîner une hypoxie (diminution de l’apport d’oxygène aux tissus) aux conséquences graves pour le jeune enfant. Chez l’adulte en bonne santé, le risque est bien moindre, mais les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées ou souffrant de certaines maladies sanguines y sont également sensibles.

  • Associations avec d’autres risques : Les nitrites, en réagissant avec des amines (notamment issus de protéines animales), peuvent former des nitrosamines, composés classés comme probablement cancérogènes (Cancer-Environnement).

Anecdote : cas régional et vigilance accrue

En Bretagne, certaines communes rurales ont vu la concentration en nitrates dépasser 100 mg/L dans les années 1990, ce qui a nécessité la mise en place d’un plan régional de lutte contre la pollution des eaux (source : ARS Bretagne). Depuis, le taux a fortement diminué grâce à la réglementation et la prise de conscience locale. Aujourd’hui encore, certaines zones de captage restent surveillées, notamment après des épisodes de crues ou lors de sécheresses prolongées.

Interpréter les résultats de l’eau de son robinet : mode d’emploi

Recevoir une analyse de nitrates et de nitrites peut susciter bien des questions. Voici comment lire efficacement ces chiffres et agir au besoin :

  1. Repérer les dépassements : Si la valeur de nitrates dépasse 50 mg/L (ou 10-15 mg/L pour un usage nourrisson), l’eau n’est plus conforme à la législation. Même chose pour les nitrites au-delà de 0,10 mg/L.
  2. Prendre en compte les variations saisonnières : Les taux peuvent augmenter à certaines périodes (printemps, automne) selon les zones agricoles environnantes.
  3. Mettre en place des précautions spécifiques :
    • Nourrissons et femmes enceintes : privilégier l’eau embouteillée adaptée, à très faible taux de nitrates.
    • Personnes fragiles : demander conseil au médecin, en particulier en cas de résultats anormaux sur des analyses successives.

Que faire si votre eau est chargée en nitrates/nitrites ?

Si les tests révèlent une présence anormale, il ne faut pas céder à la panique mais privilégier des solutions adaptées et graduées. Voici les principaux leviers disponibles à l’échelle d’un foyer :

  • Changer temporairement d’apport, surtout pour les bébés : eau en bouteille adaptée.
  • Purger les tuyauteries : laisser couler l’eau avant de la consommer si elle a stagné longtemps (notamment après absence prolongée).
  • S’équiper d’un système de filtration adapté :
    • Les filtres à charbon actif ne réduisent pas efficacement les nitrates/nitrites.
    • Seuls des dispositifs par osmose inverse ou certains procédés par échange d’ions (résines spécifiques) sont efficaces (Que Choisir).
    • Attention : ces équipements nécessitent une installation et un suivi rigoureux, et peuvent entraîner un rejet d’eau concentrée enrichie en nitrates qu’il faudra traiter.
  • Alerter sa régie d’eau ou la mairie en cas de dépassement répété, pour enclencher d’éventuelles vérifications ou changements de distribution.

Prévenir la pollution à la source : un enjeu collectif

Réduire durablement la pollution nitrée nécessite surtout des actions collectives et préventives :

  • Respecter les bonnes pratiques agricoles : épandage raisonné, couvertures végétales des sols, haies filtrantes…
  • Entretenir correctement fosses septiques et dispositifs d’assainissement individuel.
  • Informer en cas d’anomalie locale : campagnes de sensibilisation, participation aux enquêtes publiques sur les captages.

Un témoin de vigilance pour l’avenir

Nitrates et nitrites dans l’eau ne sont pas une fatalité. La surveillance régulière de ces paramètres, l’interprétation correcte des analyses et le recours à des solutions de réduction adaptées (qu’elles soient individuelles ou collectives) ont déjà permis des améliorations notables dans de nombreux territoires. Être attentif à ces résultats, c’est aussi s’inscrire dans une démarche de protection de la ressource, bénéfique à la fois pour la santé et pour l’environnement domestique. Prendre le temps de comprendre ces données, c’est avancer sereinement vers une eau plus douce et fiable à la maison.